January 7th, 2010

rock

les deux besoins

                Les Deux Besoins                 The Two Needs
     ‘Et le pharmacien … entonna:
    “J’ai deux grands bœufs dans mon étable.
    Deux grands bœufs blancs.…”
Sénecal lui mit la main sur la bouche, il n’aimait pas le désordre.’
(Gustave Flaubert. L’Éducation Sentimentale.)
     ‘And the pharmacist … sang out:
    “I have two big oxen in my stable.
    Two big white oxen.…”
Sénecal put a hand over his mouth, he did not like disorderly conduct.’
(Gustave Flaubert. Sentimental Education.)
Il n’y a sans doute que l’artiste qui puisse finir par voir (et, si l’on veut, par faire voir aux quelques-uns pour qui il existe) la monotone centralité de ce qu’un chacun veut, pense, fait et souffre, de ce qu’un chacun est. N’ayant cessé de s’y consacrer, même alors qu’il n’y voyait goutte, mais avant qu’il n’eût accepté de n’y voir goutte, il peut à la rigueur finir par s’en apercevoir.
    Il se mouvait pourtant, le berceau de Galilée.
    Ce foyer, autour duquel l’artiste peut prendre conscience de tourner, comme la monade — sauf erreur — autour d’elle-même, on ne peut évidemment en parler, pas plus que d’autres entités substantielles, sans en falsifier l’idée. C’est ce que chacun fera à sa façon. L’appeler le besoin, c’est une façon comme une autre.
    Les autres, les innombrables béats et sains d’esprit, l’ignorent. Ils ont beau être fixés du même trait, ils prennent les lieux dans l’état où ils se trouvent, ils ne laissent rien monter chez eux qui puisse compromettre la solidité des planchers. C’est à l’exclusion de grand besoin, sur lui si j’ose dire, qu’ils vaquent aux petits. D’où cette vie toute en marge de son principe, cette vie faite de décisions, de satisfactions, de réponses, de menus besoins assassinés, cette vie de plante à la croisée, de choux pensant et même bien pensant, la seule vie possible pour ceux qui se voient dans la nécessité d’en mener une, c’est à dire la seule vie possible.
    Besoin de quoi ? Besoin d’avoir besoin.
    Deux besoins, dont le produit fait l’art. Qu’on se garde bien d’y voir un primaire et un secondaire. Il y a des jours, surtout en Europe, ou la route reflète mieux que le miroir. Préférer l’un des testicules à l’autre, ce serait aller sur les platebandes de la métaphysique. A moins d’être le démon de Maxwell.
    Falsifions davantage.
Doubtless only the artist could finally see (and, if you will, make see the few for whom he exists) the monotonous centrality of that, which each of us wants, thinks, does and suffers, of that, which each of us is. Never having ceased devoting himself to it, even as he saw nothing, but before he had accepted seeing nothing, he could perhaps finally perceive it.
    And yet it moved, Galileo’s cradle.
    This hub, around which the artist may become aware of revolving, as the monad — unless I am mistaken — revolves around itself, obviously we cannot talk about it, not any more than we can talk about other substantial entities, without falsifying its idea. This is what each of us will do in his own way. To call it the need is as good a way as any other.
    The others, the countless blissful and sane, are unaware of it. Though they have been made in the same fashion, they accept their settings as they find them, they let nothing emerge in themselves to compromise the soundness of their flooring. It is to the exclusion of a great need, on top of it, if I may say so, that they attend to the small ones. Hence this life on the margins of its principle, this life made up of decisions, of satisfactions, of responses, of tiny murdered needs, this life of a plant in a window, life of a thinking and even well-intentioned cabbage, the only life possible for those who find themselves needing to live one, that is, the only life possible.
    Need of what? Need of needing.
    Two needs, whose product is art. Let us beware of seeing one as primary and the other as secondary. There are days, especially in Europe, when the road reflects better than the mirror. To favor one testicle over the other, is to encroach on the terrain of metaphysics. Unless you are Maxwell’s demon.
    Let us falsify further.
Collapse )