July 14th, 2005

rock

franco-american prophecy

    Le monde va finir. La seule raison pour laquelle il pourrait durer, c’est qu’il existe. Que cette raison est faible, comparée à toutes celles qui annoncent le contraire, particulièrement à celle-ci : qu’est-ce que le monde a désormais à faire sous le ciel ? — Car, en supposant qu’il continuât à exister matériellement, serait-ce une existence digne de ce nom et du dictionnaire historique ? Je ne dis pas que le monde se réduit aux expédients et au désordre bouffon des républiques du Sud-Amérique, que peut-être même nous retournerons à l’état sauvage et que nous irons, à travers les ruines herbues de notre civilisation, chercher notre pâture, un fusil à la main. Non ; — car ce sort et ces aventures supposeraient encore une certaine énergie vitale, écho des premiers âges. Nouvel exemple et nouvelles victimes des inexplorables lois morales, nous périrons par où nous avons cru vivre. La mécanique nous aura tellement américanisés, le progrès aura si bien atrophié en nous toute la partie spirituelle, que rien parmi les rêveries sanguinaires, sacrilèges, ou anti-naturelles des utopistes ne pourra être comparé à ses résultats positifs. Je demande à tout homme qui pense de me montrer ce qui subsiste de la vie. De la religion, je crois inutile d’en parler et d’en chercher les restes, puisque se donner encore la peine de nier Dieu est le seul scandale en pareilles matières. La propriété avait disparu virtuellement avec la suppression du droit d’aînesse ; mais le temps viendra où l’humanité, comme un ogre vengeur, arrachera leur dernier morceau à ceux qui croiront avoir hérité légitimement des révolutions. Encore, là ne serait pas le mal suprême.     The world is going to end. The only reason for which it could last, is that it exists. This reason is feeble, compared to all those that announce the opposite, particularly to this one: what does the world have from now on to do under the sky? — Because, supposing that it should continue to exist materially, would that be an existence worthy of its name and a historical dictionary? I do not say that the world reduces itself to the expedients and the farcical disorder of the republics of South America, that perhaps we shall even revert to savagery and that we shall proceed, across the grassy ruins of our civilization, to seek our grazing ground, rifle in hand. No — because this fate and these adventures would still presuppose a certain vital energy, echo of the first ages. New example and new victims of the unexplorable moral laws, we shall perish by what we had believed to live. Mechanics will have Americanized us so much, progress will have so thoroughly atrophied in us all our spiritual faculties, that nothing among the sanguinary, sacrilegious, or anti-natural daydreams of the utopians could be compared with its positive results. I ask any thinking man to show me what remains of life. Concerning religion, I believe that it is useless to speak and to seek its remains, since to go to the trouble of once again denying God is the only scandal in such matters. Property had virtually disappeared with the suppression of the right of primogeniture; but the time will come when humanity, like a vengeful ogre, will extract its remainder from those who will believe themselves to have legitimately inherited from the revolutions. Still, that would not be the supreme evil.

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